« Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. »

Frères et Sœurs en Christ, chers fils, vous qui tout à l’heure serez appelés au ministère de lectorat et de l’acolytat,

Le Seigneur nous rassemble encore ce dimanche dans ce sanctuaire de la divine miséricorde pour nous nourrir de sa parole de vie, et nous sommes venus nombreux prêter l’oreille de nos cœurs à ce qu’il nous dit. Mais contrairement au Psalmiste qui accueille la parole de Dieu et s’écrit : « Seigneur, que tes paroles sont douces à mon palais, Plus que le miel à ma bouche! »,  aujourd’hui le ton de la parole du Christ est tout autre. Nous serions tentés, à l’écoute de l’Evangile de ce jour, de dire : « Seigneur, tes paroles sont dures, elles sont troublantes,  qui peut les entendre ? »

Cependant, nous savons aussi que ce n’est pas la première fois que Jésus s’adresse ainsi à ses amis et donc à nous, à travers des mots forts et durs. C’est plutôt, pour lui sa façon habituelle de parler et de révéler les secrets du Royaume qu’il est venu inaugurer au milieu de nous. La bonne attitude et notre prière face à l’Evangile de ce jour, sont celles que nous a montrées l’apôtre Pierre le jour où certains auditeurs du Christ sont partis scandalisés par sa parole. Nous disons : « à qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle ». (Toi seul peux nous dire la vérité même si elle est difficile à entendre)

Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division.

Nous remarquons d’abord une contradiction entre la paix que Jésus a annoncée, encouragée et donnée à ses disciples et celle dont il est question dans ce passage de l’Evangile.

Pourquoi cette contradiction ? Est-ce à dire qu’il y aurait deux sortes de paix ? Celle que le monde connait et qu’il donne, et celle que le Christ donne ? Oui, assurément, (nous pouvons affirmer qu’il y a deux formes de paix) il y a une fausse paix et la paix véritable.

La paix, selon la conception du monde, selon nos vues humaines, c’est l’absence de contrariétés, l’absence de problèmes. La paix du monde, (la fausse paix) c’est quand on a un bon travail, une bonne santé, de l’argent, bref, nous sommes en paix, lorsque la vie nous sourit. Cette paix, nous pouvons l’avoir, mais elle est changeante, elle n’est pas permanente. En effet, nous le savons, la vie n’est pas un long fleuve tranquille,  et même lorsque nous faisons tout pour éviter les problèmes de la vie, ce sont les problèmes qui nous cherchent, qui viennent à notre rencontre. Qui peut nous assurer de façon définitive contre les épreuves de notre condition humaine. Rien, personne. C’est pourquoi l’angoisse n’est jamais loin, même lorsque nous croyons avoir la paix, même lorsque nous avons la paix.

La paix du Christ, au contraire, n’est pas l’absence de problèmes ou d’épreuves ou de maladies, puisqu’ils font partie de notre condition humaine. 

Celui qui rêve d’une vie sans problème n’est pas disciple du Christ crucifié, lui qui n’a pas craint d’assumer notre condition d’homme excepté le péché.   La paix du Christ, c’est la force de persévérer, de combattre jusqu’au bout le bon combat au milieu des difficultés de la vie. Emile BESSON (un mystique et écrivain français a dit que la paix du Christ est comme le rocher sur lequel toute tempête se brise. Elle est  une protection contre le désespoir, une consolation, une certitude.  Lorsque Jésus nous dit : « je ne suis pas venu apporter la paix », on peut dire qu’il s’agit de la fausse paix, celle qui veut nous faire croire que nous pouvons éviter les problèmes par tous les moyens, même les moyens les plus malhonnêtes. Jésus n’est pas venu apporter cette paix car, en nous présentant la croix comme la voie du salut, il nous demande de faire face aux épreuves du monde avec la force de la foi, la force de Dieu manifestée dans la victoire de la croix, afin de gagner la paix véritable, la paix de Dieu. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, dit-il à ses amis ;  non pas à la manière du monde, non pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point »Jn 14.27 « Heureux êtes-vous si l’on vous persécute et si l’on vous insulte »

Frères et Sœurs,

Dans la suite de l’Evangile que nous venons d’écouter, Jésus ajoute qu’il est venu mettre la division entre le fils et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère (Matthieu 10.35).

Cette division commence au moment où nous répondons oui ou non à la parole de Dieu. En effet, le message de l’Évangile force ceux qui l’écoutent, à prendre position, à faire un choix. L’Évangile crée une division entre ceux qui l’accueillent et ceux qui le rejettent. Cette division se situe souvent dans les familles, lorsque  les membres ne partagent plus la même foi, la même conception des choses, les mêmes valeurs. On comprend pourquoi Jésus vise la famille en parlant de cette division. La famille que Dieu désire pour son royaume, ne se construit pas avec des liens du sang mais entre ceux qui sont nés de l’Esprit Saint.  Le Christ l’a dit en d’autres mots : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi (Matthieu 10.37). « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14,26).

Jésus nous dit qu’il apporte la division, car il est lui-même, la Parole de Dieu, parole qui est signe de contradiction et de division, la parole qui force le choix, un choix radical. J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie. Ou encore, « vaste est le chemin qui mène à la perdition, étroite est la porte qui mène au Royaume, passez par la porte étroite. On vous a dit œil pour œil, dent pour dent; moi je vous dis : « ne résistez pas au méchant, aimez vos ennemis… ».

Jésus apporte la division, mieux, il est lui-même signe de division comme le vieux Siméon l’avait prédit : «Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division… Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35).

Croyez-vous que je sois venu apporter la paix ? Non pas la paix, mais bien la division.

C’est très simple, souligne le Prédicateur de la Maison pontificale le  Père Cantalamessa: « Il s’agit de voir quelles sont la paix et l’unité que Jésus est venu apporter et quelles sont la paix et l’unité qu’il est venu enlever. Il est venu apporter la paix et l’unité dans le bien, celles qui conduisent à la vie éternelle, et il est venu enlever la fausse paix et la fausse unité, celles qui ne servent qu’à endormir les consciences et conduire à la perte.

Frères et Sœurs,

Dans la première lecture, Jérémie a été jeté dans un puits pour avoir dit, de la part de Dieu, des choses que certains ne voulaient pas entendre. Toute sa vie, ce prophète a souffert de la persécution, des complots, des pièges et même des menaces de mort de la part de ceux vers qui il était envoyé, comme lui-même l’a écrit : « J’entends les propos menaçants de la foule – c’est partout l’épouvante : Dénoncez-le ! – Oui, nous le dénoncerons ! « Ne prophétise pas au nom du SEIGNEUR, sinon tu mourras de notre main».

Dans la 2e lecture, st Paul nous parle d’un combat, le combat contre le péché, le bon combat de la foi.

Ce combat n’est jamais fini, il est un combat de chaque jour et il dure tout le temps de notre vie. Notre modèle, c’est le Christ lui-même, nous dit encore st Paul.

« Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi.

Chers fils futurs Lecteurs et futurs Acolytes,

Je me tourne à présent vers vous, pour vous redire l’exhortation de st Paul à Timothée, l’exhortation à mener le combat de la foi, les yeux tournés vers le Christ qui est à l’origine et au terme de la foi. C’est lui qui vous appelle, c’est lui qui vous donne la grâce pour répondre à son appel dans la fidélité. Il vous assure qu’il est la paix véritable, la paix de Dieu au milieu des difficultés de ce monde. Jésus est venu apporter la division entre le bien et le mal, la vie et la mort, la vérité et le mensonge. Nous prions pour que le  choix que vous avez fait de suivre le Christ, le Chemin, la Vérité et la Vie, soit le choix de toute votre vie. Amen !