« N’y aurait-il que peu de gens qui seront sauvés? »

Je me souviens que lorsque j’étais catéchumène, le « nombre de ceux qui seront sauvés » était parmi les questions importantes auxquelles nous consacrions du temps. Au-delà des articles de la foi catholique que nous apprenions par cœur, notre catéchiste nous proposait des arguments bibliques solides afin de répondre aux « témoins de Jéhova » qui nous invectivaient souvent, à l’époque, par leur enseignement donné porte-à-porte. Ils soutenaient, en effet, que seules 144 000 personnes irréprochables seraient sauvées au dernier jour. Ils faisaient référence ainsi, au passage du livre de l’apocalypse sur la fin des temps (Ap 7, 1-8 et 14, 1-5). Mais en réalité, avant les Témoins de Jéhova, cette question avait longtemps suscité dans l’église des querelles intestines entre Saint Augustin et le moine Pélage sur la prédestination. Elle a même influencé la fameuse formule des pères de l’Église : « hors de l’Église point de salut » (CEC, 846), bref tant de questions sur le salut d’un petit nombre choisi d’office par Dieu et la mise en contribution de l’effort humain comme gage du salut accordé par le Christ. Avec le recul, j’ai compris que nous passions beaucoup et même trop de temps sur ces questions.

La réponse de Jésus, dans à cette personne anonyme dont nous saint dans l’évangile de ce dimanche, semble cibler beaucoup d’entre nous, encore aujourd’hui : « efforcez-vous

[plutôt]

d’entrer par la porte étroite » (Luc 13, 24). Jésus semble nous dire, en ce 21ème dimanche ordinaire, que notre seule l’appartenance au peuple de Dieu par le Baptême, notre titre de bienfaiteurs, notre proximité avec le corps sacerdotal de notre paroisse, notre titre de prédicateur de la Parole de Dieu, notre quête profonde de connaissance du jour de la fin du monde, du nombre des élus, seuls ne suffisent pas pour entrer dans le royaume de son Père. L’essentiel de ce qui devrait nous préoccuper demeure plutôt dans l’effort quotidien de chaque jour pour adhérer au salut de Dieu. S’efforcer d’entrer par la porte étroite, c’est choisir simplement le chemin de la conversion. C’est renoncer à emprunter le chemin de la facilité, de la corruption. C’est choisir de ne pas piétiner le droit du pauvre et de l’orphelin; c’est choisir de «servir plutôt que de se faire servir», c’est choisir d’être des bâtisseurs de ponts au lieu d’être des diviseurs, c’est vivre comme des « saints de la porte d’à côté » comme nous le rappelle le Pape François (Gaudete et exultate, n7). Que le « Seigneur qui nous a créés sans nous et ne veut pas nous sauver sans nous (Saint Augustin), nous rende capables de faire des « régimes spirituels », de choisir la voie du dépouillement au lieu de l’accaparement, pour avoir une « forme spirituelle svelte » afin de passer facilement par la porte étroite qu’il nous propose.

Bon dimanche à vous toutes et à tous !