« Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? À cette question Jésus répond par une exhortation. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. »

Frères et Sœurs en Christ,

Nous sommes rassemblés pour célébrer le Seigneur et nous avons prêté l’oreille de notre cœur à sa parole qui est lumière et vérité, la lampe qui éclaire nos routes.

Cette parole, celle d’aujourd’hui n’est pas facile à entendre, elle n’est pas facile à accepter.  Le Christ nous dit ceci: «  que les premiers ne pensent pas qu’ils seront toujours premiers. Il est possible qu’un jour, ils prennent la place des derniers et qu’inversement, les derniers prennent la place des premiers. » Plus loin, il nous dit:  « il ne s’agit pas de manger et de boire à sa table pour qu’il nous reconnaisse au dernier jour, mais il faut le suivre dans un total abandon, marcher dans ses pas, quelles que soient les péripéties du chemin. »

Qui sont les premiers et qui sont les derniers? Telle est la question que pose l’Evangile de ce jour.

Frères et Sœurs,

Je voudrais, avant de revenir à la méditation de ce passage de l’évangile, nous tourner vers les deux sœurs qui avaient prévu de fêter ensemble aujourd’hui chez elles à Kusuntu, le jubilé d’or de vie religieuse: les Sœurs Justine VOVOR et Marie Conforte COMLAN, mais seule la Sœur Julienne est parmi nous aujourd’hui. Comme vous le savez, il y a quelques jours, le 8 août dernier, le Seigneur a rappelé la Sœur Marie Conforte auprès de lui, afin qu’elle célèbre, non pas son jubilé d’or, mais le jubilé éternel, dans la maison d’éternité. 

Les voies de Dieu ne sont pas nos voies, ses pensées sont insondables, mais ses desseins et son projet de Père sont toujours amour et bonté. C’est pourquoi, nous croyons qu’aujourd’hui, la joie de Sœur Marie Conforte qui nous a quittés rejoint la nôtre. Sœur Marie Conforte n’est pas présente aujourd’hui dans cette église, mais elle est dans la paix de celui pour qui elle a consacré sa vie, le Seigneur qui lui a accordé la grâce de chercher à passer par la porte étroite, celle qui conduit au Grand jubilé éternel.

Sœur Justine, je me tourne vers vous: ne soyez pas troublée, ni bouleversée par l’absence de votre sœur jubilaire. Que votre joie soit parfaite, car Sœur Marie Conforte prie avec vous et pour vous, dans la communion de toute l’Eglise, celle du ciel et celle de la terre.

Frères et Sœurs,

Les Sœurs Marie Conforte et Justine avaient choisi ensemble ce jour pour rendre grâce au Seigneur, car sans le Seigneur, elles n’auraient pas pu rester fidèles à Dieu et aux vœux de leur vie de religieuses. Elles avaient voulu être ensemble pour nous convier à leur jubilé d’or. 

Qu’est-ce qu’un jubilé ?

Le mot jubilé dit-on, a un lien avec le bélier, plus précisément, la corne de bélier. Dans la Bible en effet, la corne de bélier est utilisée comme une trompette pour annoncer une année spéciale, année jubilaire. La liturgie, inspirée des images bibliques, représente souvent les anges avec la corne de bélier pour nous dire que le vrai jubilé se passe au ciel dans le cortège des anges, dans le royaume de Dieu où on célèbre sans cesse le jubilé : le Jubilé éternel.

Sœur Justine VOVOR, ce que vous aviez proposé de faire à deux, Dieu en a disposé autrement, et comme il est un Dieu qui donne plus que nous ayons demandé, il a accordé à la Sœur Marie Conforte, non pas seulement de revenir chez elle pour la joie du jubilé d’or qui est un jubilé qui passe, mais plus encore, de revenir au Togo pour y recevoir l’appel à la joie éternelle de l’éternel jubilé. Cet éternel jubilé est notre seule vocation. Toute vocation, c’est à dire, tout appel doit nous conduit à l’appel à entrer dans le jubilé  éternel.

Frères et Sœurs,

C’est pour nous préparer à entrer un jour dans ce jubilé éternel que le Seigneur nous invite aujourd’hui dans sa parole à ne pas être des enfants de Dieu qui connaissent seulement le nom de leur Père et qui l’appel Seigneur, Seigneur, sans faire ce qu’il nous commande, mais à être plutôt des fils et des filles qui cherchent à passer par la porte étroite qui mène à la vie éternelle.

Quelle est donc cette porte étroite dont nous parle Jésus dans l’évangile ?

C’est la porte de l’humilité, de la simplicité et de la vérité en toute chose. La porte de la prière et de l’action. Pour passer par la porte étroite il ne suffit pas de prier le Seigneur car l’amitié avec le Seigneur ne peut pas séparer l’action de la prière. « Ceux ne sont pas ceux qui disent Seigneur Seigneur qui entreront dans le Royaume de Dieu mais ceux qui font la volonté du Père… il faut aussi l’action.

Jésus dit aussi dans l’évangile qu’ils seront nombreux, ceux qui viendront de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi pour prendre place dans le royaume ! Et aussi que les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers.

Qui sont les premiers et qui sont les derniers. Ce sont ceux que le monde considère comme tels par le monde. Jésus nous dit que ce ne sont pas ceux qui sont considérés comme les premiers ou les derniers dans ce monde qui le sont devant lui. Pour Jésus, les premiers qui hériteront du royaume des cieux, sont ceux qui choisissent  la porte étroite, c’est à dire ceux qui vivent selon la parole qu’il nous a laissée. Les premiers ne sont pas ceux qui sont premiers selon la pensée des hommes. Ceux qui occupent les premières places, ceux à qui le monde donnent les premières places ou ceux qui se donnent les premières places. Autrement dit,  la porte étroite, c’est le message exigeant de l’Evangile qui est à l’opposé de la pensée du monde.  

Beaucoup de personnes sont appelées à  entrer par la petite porte. En effet, le Christ est venu pour sauver toute l’humanité. Personne n’est exclu du plan de salut de Dieu. Ceux qui entrent par la porte étroite sont ceux qui pratiquent l’amour et la miséricorde au lieu de la haine et la vengeance. Même ceux qui n’ont jamais entendu le message de l’Évangile sont invités à entrer dans le royaume. Le Seigneur l’a dit par la bouche du  prophète Isaïe dans la première lecture : « Je viens rassembler les hommes de toute  langue. Ils viendront et ils verront ma gloire… j’enverrai mes messagers vers les nations les plus éloignées, vers ceux qui n’ont pas entendu parler de moi ».

Ceux qui seront considérés comme les premiers, Frères et Sœurs, ce ne sont pas ceux qui ont occupé les premières places aux yeux du monde et qui ont cherché la gloire. Quelqu’un un a dit que la gloire du monde finit à la tombe, mais la grâce de Dieu traverse la mort et donne la vie éternelle.

Les derniers de ce monde sont ceux qui ont préféré la grâce de Dieu, ceux qui ont choisi la porte étroite au lieu des larges chemins. Ils seront appelés fils de Dieu c’est à dire les premiers.

Frères et Sœurs,

Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers. 

Que cette Eucharistie renforce en nous le désir de marcher à la suite du Christ, à l’exemple de la Vierge Marie, l’humble servante du Seigneur,  celle qui gardait la parole de Dieu et la méditait en son cœur. Celle qui a dit « je suis la servante du Seigneur et ne désire rien que de faire la volonté de Dieu. »

En ce jour où nous rendons grâce à Dieu pour le germe de la vocation qu’il a mis et a fait grandir dans la vie de nos deux sœurs, prions le, afin qu’il donne à Kusuntu beaucoup de vocations, beaucoup d’hommes et de femmes qui iront dans leur monde proclamer la bonne nouvelle, comme nous venons de le proclamer dans le psaume afin que son règne arrive chez nous et dans le monde.  

Amen.