Bien chers frères et sœurs en Christ,

Jésus, en route vers Jérusalem, continue d’enseigner les qualités requises pour être son disciple. Ces qualités portent aujourd’hui sur le bon rapport que les disciples doivent avoir à l’argent, qui consiste à lui donner sa juste place, c’est-à-dire la place de serviteur, et à le partager aux pauvres pour se faire ainsi des amis pour le ciel.

Oui chers frères et sœurs,

L’argent ! Tout homme en parle ; tout le monde en cherche. On lui court après… L’expérience nous prouve que même les prêtres, même l’Eglise ne peuvent se passer de l’argent ni des autres biens matériels. Comment pourrions-nous faire du bien au prochain si nous ne possédions rien ? Avec quoi construisons-nous nos églises, nos presbytères, nos écoles etc.… ? Comment ferons-nous des quêtes, comment paierons-nous le denier du culte si nous n’avons pas d’argent ? Et les fournitures scolaires de nos enfants et de nos frères et sœurs à cette rentrée, avec quoi les payons-nous ? C’est avec l’argent.

Comme on le voit, les biens matériels et l’argent en particulier sont importants pour la bonne marche de toute institution. Mais on remarque aussi que l’argent est source de nombreux conflits et de nombreuses injustices sociales que le prophète Amos dénonce dans la première lecture de ce jour. En effet, à son époque, le royaume de Samarie avait connu une prospérité fulgurante, avec tout son lot de biens mal acquis. Le prophète y dénonce alors les pratiques frauduleuses et scrupuleuses des mauvais riches qui n’ont aucune crainte de Dieu ni aucune considération pour les pauvres. Au contraire, les fêtes religieuses les empêchent de faire leurs affaires, d’exploiter les pauvres auxquels ils vendent jusqu’aux « déchets du froment », en faussant de surcroît les balances ; alors que la loi l’interdit. Cet oubli de Dieu entraine la perte de la dignité de l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et c’est bien ce mauvais usage de l’argent qui aveugle et qui conduit à toutes sortes de dérives que nous connaissons aujourd’hui. Que d’hommes et de femmes se trompent sur les vrais biens susceptibles de procurer le bonheur et la paix ! Surtout les chefs de nos Etats et nos décideurs politiques et économiques dont dépendent les conditions de vie de l’ensemble, en courent le même risque.

Voilà pourquoi Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous exhorte vivement de prier pour tous, surtout pour les chefs d’Etat et les responsables. La vraie prière que Dieu exauce doit être universelle, c’est-à-dire s’étendre à tous les hommes sans exception, qu’ils soient bons ou mauvais. En effet, Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent au salut manifesté en son Fils Jésus Christ, lui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie.

Ce Christ, pour le suivre, nous devons avoir certaines attitudes :

D’abord, nous devons donner priorité à Dieu et aux biens célestes, plutôt que de nous tourner aux choses de la terre. Nous devons accepter de quitter notre désir de toute puissance pour nous placer sous la dépendance totale de Dieu.

Ensuite, nous devons être habiles dans la conduite de notre de vie quotidienne, une vie remise permanemment en question. D’où la nécessité de ce qu’on appelle l’examen de conscience permanent.

Enfin, nous devons partager ce que nous sommes et ce que nous avons pour nous faire des amis, afin d’être accueillis dans les demeures éternelles. Cela ne signifie pas qu’il suffit de faire l’aumône, de partager pour « gagner » le ciel. Il s’agit plutôt de faire du partage une voie de renoncement qui nous rapproche davantage de Dieu et de nos frères. Aucun sou ne peut payer le droit d’entrée au ciel. L’argent seul ne fera jamais notre bonheur, ni notre épanouissement. La bonne gestion des biens spirituels que Dieu nous donne passe par le partage de la justice et conduit au don de sa personne à Dieu.