HOMELIE DU 4ème DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – ANNEE C / RP Christian ALIDJINOU

Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, de Jérémie, contemporain des rois de Juda : (Josias et Sédécias), ainsi que des prophètes : (Ezéchiel et Sophonie), qui ne savait pas parler, le Seigneur fait un prophète pour les nations sans lui cacher qu’il sera en butte à l’hostilité de beaucoup. Nous sommes au 6ème siècle avant Jésus Christ. A l’instar du prophète Jérémie, Jésus, dans le texte évangélique, rencontre le même refus dans son propre village de Nazareth, mais ce fut une libération dans la mesure où il l’invitait à porter aux autres la Bonne Nouvelle.
Dimanche dernier, l’Apôtre des Nations rappelait aux chrétiens qu’ils étaient un seul corps dans le Christ, quelles que soient les fonctions qu’ils remplissaient. Paul revient à charge, en ce jour, dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, pour nous dire que la seule loi de la vie commune est la charité.
Chers frères et sœurs en Christ, l’accueil enthousiaste réservé à Jésus à Capharnaüm et les miracles qu’il y a opérés ont poussé les Nazaréens, ses compatriotes, à être fiers de lui. Aussi, quand il revient dans sa ville natale, reçoit-il un accueil chaleureux. Il est invité à faire et à commenter la lecture dans la synagogue. « Et tous lui rendent témoignage, devant le message de grâce qui sort de sa bouche ».
Mais bientôt naissent de mauvais sentiments. Après tout, « il n’est que le fils de Joseph », le charpentier du village. Il n’a fait aucune étude. Et voilà qu’il prétend nous expliquer les Ecritures, s’applique à lui-même la prophétie d’Isaïe au sujet du Messie à venir, et revendique pour lui une mission divine. Nous n’avons pas de leçons à recevoir de lui ; et pourquoi est-il allé ailleurs faire des miracles ? Alors, « médecin (qui prétend nous donner des conseils) guéris-toi toi-même ; et ce que tu as fait à Capharnaüm, fais-le donc dans ton pays ! »
A cause de l’incrédulité de ses compatriotes, Jésus ne fera pas de miracle à Nazareth. Mais il va condamner leur mépris et leur jalousie, en leur rappelant, par deux faits qu’ils connaissent bien :
• Dieu veut le salut de tous les hommes, et donc il n’a pas eu tort d’aller dans une ville cosmopolite ;
• Comme leurs pères, eux aussi, ont souvent refusé les messages des prophètes, alors que des étrangers, des païens, les ont acceptés : ils ont rejeté Elie, mais une païenne de Sarepta l’a accueilli ; Elisée n’a guéri aucun lépreux en Israël, mais il a purifié le Syrien Naaman, parce que ce païen a cru au prophète.
Ils comprennent bien que Jésus leur reproche de ne pas être meilleurs que leurs pères qui ont refusé et même tué les prophètes. « Alors tous deviennent furieux. Ils se lèvent et poussent Jésus hors de la ville, jusqu’au bord d’un précipice, pour le jeter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin ». Pourquoi abandonnent-ils leur projet ? Luc ne nous le dit pas. Jésus a le même sort que celui promis à Jérémie : « Ils te combattront ; mais ils ne pourront rien contre toi, car je suis avec toi pour te délivrer », ce fut l’oracle du Seigneur Dieu (Jr 1, 19).
Ne sommes-nous pas parfois comme les gens vers lesquels Dieu envoyait Jérémie ou comme les gens de Nazareth? Tant que les envoyés de Dieu nous disent des choses agréables, ou adressent des remarques que nous croyons être pour les autres, nous les acceptons, et même nous chantons leurs louanges. Mais quand nous constatons que c’est à nous qu’ils donnent des leçons, « Oh ! lala ! Ah ! yaya ! ». Alors « tous deviennent furieux ». De quoi se mêlent-ils, ces hommes en robe, ces prêtres ? Qu’ils se regardent donc : ils ne valent pas mieux que nous !.... De quoi s’occupent-ils ?....Réponse, ils font leur devoir comme Jérémie : « Tu prononceras contre eux tout ce que je t’ordonnerai. Et ne tremble pas devant eux, sinon je te ferai trembler ! » (Jr 1, 17). Et cette assertion résonne en écho chez Saint Paul qui dira à Timothée, son disciple bien aimé : « Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, avec une entière patience, mais toujours avec le souci d’enseigner » (2Tm 4, 2). Et le même Apôtre Saint Paul affirme: « Si j’annonce l’Evangile, ce n’est pas pour moi une gloire, c’est une obligation qui m’incombe, et malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile ! » (1ère Co 9, 16). Aussi la parole du Christ Jésus lui-même vient-elle à point nommé pour confirmer : « Apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai enseigné ! Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous méprise me méprise ! » (Mt 28, 20 ; Lc 10, 16). Oui Jérémie, Paul, les envoyés de Dieu, ce sont des gens comme d’autres bien sûr ; ils essaient de servir Dieu le mieux possible, mais nul n’est parfait, et l’enseignement qu’ils donnent n’est pas le leur mais celui du Seigneur.
Lors d’un voyage, si nous prenons une mauvaise route, et qu’une personne nous avertit et nous indique le bon chemin, nous ne nous froissons pas ; bien au contraire, nous en sommes heureux, et nous remercions la personne qui nous a remis sur la bonne voie. Alors écoutons aussi les envoyés de Dieu lorsqu’ils nous indiquent le bon chemin, le chemin du ciel.
Les Nazaréens ont manqué aussi du véritable amour dont parle Saint Paul dans le texte de la 2ème lecture. Ils ont manqué d’amour envers leurs voisins de Capharnaüm, les ont jalousés, se sont crus supérieurs à eux ; et ils se sont emportés contre Jésus. Là encore nous ressemblons peut-être souvent aux Nazaréens ! Nous ne sommes pas toujours sans préjugés, sans méfiance sans jalousie à l’égard des autres. Nous jugeons facilement inférieurs à nous et mauvais ceux qui ne sont pas de notre race, de notre pays, de nos idées politiques ou de nos obédiences religieuses. Nous voyons en nous le bien, et pas le mal ; nous voyons le mal dans les autres, et pas le bien. Il y a du bien et du mal en tout homme, quel qu’il soit. Et Dieu, lui, voit dans le cœur de tous et de chacun le bien et le mal. Et par son amour envers tous, il guérit le mal : pensez à la pécheresse, la Samaritaine, Marie-Madeleine, Zachée, Lévi….Que seraient-ils devenus si Jésus n’avait vu en eux que le mal ?.... Et quel serait notre sort s’il ne tenait compte que du mal qui est en nous, en chacun de nous ?
« L’amour ne se gonfle pas d’orgueil » nous dit Saint Paul. Soyons assez humble pour reconnaître que nous ne sommes pas meilleurs que les autres et pour accueillir la parole de Dieu transmise par ses envoyés. Alors, sans fin, nous proclamerons la justice et le salut du seigneur en chantant à cœur joie :
« TA PAROLE SEIGNEUR EST VERITE ; ET TA LOI DELIVRANCE ».