Bien aimés du Seigneur,
L’important de la réflexion mise en avant dans la présente médiation n’est pas de convaincre ni de conforter, mais de susciter des questionnements sur la manière d’inscrire l’histoire individuelle dans la grande histoire du salut. Dans la 1ère lecture, Moïse exhorte le peuple à donner un sens à leur offrande à travers un récit nostalgique à fonction multiple. Le fait de passer de « Mon » (mon père est un araméen nomade) à « Nous » (ils nous ont imposé un dur esclavage….), montre que la personne qui vient offrir s’identifie à un groupe d’appartenance et à ses valeurs à la fois sur le plan historique que spirituel. Ce récit éveillera en lui un sentiment de continuité individuel et collectif qui lui permet de percevoir son histoire actuelle plus cohérente, plus significative dans la mesure où elle a des repères dans le passé et des objectifs à atteindre dans l’avenir.
A travers ce récit, le juif se reconnait descendant d’un peuple pauvre, un peuple qui a connu des misères mais, qui est resté digne parce qu’il est choisi par Dieu et promis à une destinée très noble. Du coup, ce geste d’offrande des prémices, un geste qui peut paraitre anodin, donne l’occasion au croyant de faire acte d’action de grâce pour les bienfaits reçus et acte de mémorial pour rappeler au Seigneur son engagement à l’égard de sa pauvre personne.
En gros, en se positionnant vis-à-vis de Dieu, le peuple réaffirme aussi les valeurs auxquelles il est attaché voire exprime ses attentes. Aujourd’hui, chaque chrétien peut s’interroger sur le groupe social ou spirituel duquel il se revendique ; sur les valeurs morales et religieuses qu’il partage et défend au quotidien. Est-ce que je me sens en continuité individuel avec ma communauté de foi ou suis-je dans un sentiment de cassure, de flou ou de trahison ?
Le carême est ce temps privilégié où au-delà des exercices de jeûne, de prière et d’aumône, chaque chrétien, chaque communauté ecclésiale, chaque conseil doit faire le point sur son identité, son parcours en ayant le regard tourné vers celui qui appelle tous les hommes des ténèbres à son admirable lumière. Un peuple sans histoire est un peuple sans mémoires ni de repères.
Bon temps de carême à tous !